TIN-HINAN, cette femme énigmatique, dont l'existence nous a été révélée par la tradition orale et dont le nom voudrait dire « celle qui vient de loin » ou « celle qui se déplace », aurait été la mère fondatrice du peuple touareg. A travers les récits et les chants véhiculés par ses descendants, les hommes du désert, on peut retrouver son image : « Une femme irrésistiblement belle, grande, au visage sans défaut, au teint clair, aux yeux immenses et ardents, au nez fin, l'ensemble évoquant à la fois la beauté et l'autorité ».
Lorsqu'elle est arrivée dans le HOGGAR, « elle venait de loin », indique son nom. Les chercheurs ont localisé cette origine chez les Berbères du TAFILALET, une contrée pré-saharienne du sud marocain qui devait être plus verdoyante qu'aujourd'hui.
On ne sait pas pourquoi TIN-HINAN a quitté le Tafilalet mais on suppose que le fait que la vie en Numidie, qui est à l'époque perturbée par l'invasion des Romains, aurait été l'un des arguments pour le départ. Vers une région plus sur et plus libre : IMAZIGHEN « les hommes libres », déjà à cette époque les berbères revendiquaient la liberté...
Autre hypothèse : un conflit personnel au sein de la famille ou de la tribu qui aurait incité TIN-HINAN à fuir loin de son milieu d'origine. Une femme intelligente, une femme d'autorité qui prend la décision de partir... pourquoi pas ?
Ce que l'on sait, c'est qu'elle ne fut pas seule à faire le trajet mais qu'elle se rendit dans ce haut massif du Sahara algérien en compagnie d'une servante nommée TAKAMAT.
Un jour, enfin, le sable s'estompe et la roche granitique, surmontée de crêtes et de pitons, apparaît. Il faut contourner les montagnes, se faufiler dans les vallées, trouver les trous qui ont conservé l'eau de pluie, et surtout faire manger les animaux. Région magnifique, mais aride et difficile. Pourtant, c'est là que TIN-HINAN s'installe. L'oasis d'ABESSALA, près de TAMANRASSET, lui offre l'hospitalité de ses eaux et de ses pâturages. Y rencontra-t-elle d'autres habitants ? D'après Henri Lhote, qui a écrit de nombreux ouvrages sur l'AHAGGAR (Hoggar), le pays aurait connu une population nombreuse, attestée par les palmeraies de Silet et d'Ennedid et des puits creusés avant l'arrivée de TIN-HINAN. Cette population noire, les ISEBETEN, ayant presqu' entièrement disparu, TIN-HINAN n'aurait pas eu besoin de se battre pour conquérir ces lieux devenus inhabités.
Que se passa-t-il dans les années qui suivirent cette installation dans le Hoggar ? Qui fut le père des enfants de TIN-HINAN ? Un compagnon venu avec elle du Tafilalet ? Un noble voyageur originaire de Libye ou d'Egypte ? Ou simplement un survivant de ces habitants qui occupaient les lieux précédemment ? Le nom de ce « père » n'est pas resté dans les récits véhiculés par la tradition. Mais, chez les Touaregs, la femme jouit d'un statut privilégié et le matriarcat est de règle, ainsi donc, n'est retenue que la descendance féminine.
D'après la légende, TIN-HINAN aurait eu trois filles : TINERT, l'antilope, ancêtre des INEMBA ; TAHENKOT, la gazelle, ancêtre des KEL RELA ; TAMEROUELT, la hase, ancêtre des IBOGLÂN.
De son côté TAKAMAT, la servante, aurait eu deux filles qui reçurent en cadeau de TIN-HINAN les palmeraies de la région que possèdent toujours leurs descendants.
Les voilà donc installés dans l'oasis d'ABESSALA. Les tentes blanches se dressent dans ce paysage dominé par le haut massif de l'ATAKOR. La beauté des paysages, le silence de la nuit, le vent dans les montagnes n'a pu qu'inspirer ces nouveaux venus dans la région. Le tobol (tambour) et l'amzad (violon monocorde) étaient-ils déjà présents à l'époque de TIN-HINAN ? On peut imaginer que cette femme de caractère avait aussi le goût de la musique et de la poésie, tout comme ses descendants et, qu'autour du feu, les habitants du campement montraient leurs dons en ces matières.