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L'ORIGINE DU PEUPLE BERBERE ET DE SA LANGUE


Introduction

La langue berbère est l'une des plus anciennes langues de l'humanité. Elle est, actuellement, parlée par les autochtones de 'Afrique du Nord. M. Henn thole, diplômé de l'institut d'Ethnologie et de l'Ecole d'Anthropologie de l'université de Paris, écrit dans Son livre Les Touaregs du Hoqgar:

Malgré les invasions puniques, romaines, vandales, byzantines (ajoutons arabes), la langue libyenne ne semble pas avoir été altérée par las influences étrangères et n'a fait que retenir de chacune quelques termes qu'elle a adoptés. Dans Sa forme moderne. c'est-à-dire berbère. elle est encore parlée dans les oasis égyptiennes de Siouah et d'Augilia. à Sokna dans le Djebel Nefouza, à Djerba, dans l'Aurès, en Petite Kabylie, aux environs de Lalla Marnia. dans de nombreuses tribus au Maroc, en particulier chez les Chleuhs, dans certaines villes sahariennes comme Ghadamès. Glot, Ouargla, au MZab, dans quelques oasis de la Saoura et, enfin, chez les Touaregs.

Les habitants de toutes ces contrées citées par M Henri Lhote, sont les descendants de ce peuple berbère qui, dès l'époque de la formation des premières sociétés humaines, occupa la partie du Nord de l'Afrique qui s'étend de la Mer Rouge aux îles Atlantiques et du Niger à la Méditerranée.

De récentes découvertes anthropologiques nous permettent maintenant de mieux expliquer l'origine et la provenance du peuple berbère. A la lumière de ces découvertes, il semble que ce peuple pourrait être considéré comme la souche d'où se seraient détachés les rameaux humains qui forment, actuellement, les diverses races blanches du Globe. Des anthropologistes éminents s'accordent, en effet, pour placer le berceau de humanité an Afrique. C'est ce qui ressort des travaux, notamment du Professeur Leakey au Kenya et au Tanganyika

M. Eugène Guernier, Professeur à l'institut d'Etude Politiques de l'université de Paris rapporte dans son livre L'apport de l'Afrique à la pensée humaine les renseignements, qu'il a recueillis du Professeur Leakey lui-même, sur les conditions dans lesquelles il fit la découverte qui l'amena à considérer que l'Afrique a été le continent de l'apparition des pre­miers hommes. C'est, écrit-il, dans l'île Kusimu, prés de la rive orientale du lac Victoria, non loin de la ville de Kisamu, au bord d'une fracture de mille mètres de hauteur, que le Professeur Leakey a découvert la mâchoire inférieure d'un hominien, remontant à vingt millions d'années. L 'être reconstitué, en fonction de cette mâchoire, a reçu le nom de Proconsul Africanus. Ce fossile représenterait le passage le plus typique d'un être non hominien à l'homme.

Par ailleurs, Rober et Marianne Cornevin écrivent dans leur Histoire de l'Afrique: ....que les plus récentes et spectaculaires découvertes de fossiles humains aient eu lieu en Afrique, n'a donc rien d'étonnant. L'Afrique représente vraiment, dans l'histoire de l'humanité, l'ancien continent par excellence, celui où ont vécu et lentement évolué les plus lointains ancêtres de l'homme. Toujours dans le même livre ils déclarent : Si l'intérêt de l'étude du Pleistocéne afri­cain dépasse de beaucoup le cadre du continent lui-même, la période appelée Holocêne, qui débute autour de dix mille ans avant Jésus-Christ, présente également une valeur universelle du fait qu'elle aboutit au développement d'une civilisation raffinée dans la région géographi­quement privilégiée de la vallée du NiL.

L'Histoire Egyptienne, en continuité directe avec la préhistoire, débute aux environs de 3200. Cette date marque aussi le commencement de l'histoire du monde. Poursuivant leur étude de l'évolution humaine, Robert et Marianne Cornevin ajoutent: C'est seulement à la fin du troisième Plu­vial Gamblien qu'apparaît de façon cer­taine l'homo sapiens ou néanthropien, dernier maillon de la longue chaîne qui a conduit des australopithécidès aux néan­derthaliens, en passant par les pithécan-thropidés.

EVOLUTION DES ESPECES: L'AFRICAIN CONFIRME DARWIN

Il faut souligner le trait que l'Afrique est le seul continent où tous les fossiles, correspondant aux divers stades d'évolution de l'humanité, ont été découverts et où la doctrine transformiste de Darwin, demeurée très longtemps très théorique pour l'espèce humaine, a pu être démontrée "sur pièces". Elle occupe donc une situation privilégiée dans la connaissance des premiers âges du monde, Partant de ces données, il est permis de penser que la diversité raciale s'est produite au cours des siècles de la période Glaciaire. Au cours de leurs migrations à travers le monde, certains groupements humains, influencés par les conditions climatiques, par les modes de nutrition et d'activité, par l'angle de rayonnement solaire, se sont différenciés en race noire au coeur de l'Afrique, en race rouge dans les Amériques, en race jaune en Extrême-Orient et en race blanche dans l'hémisphère australe et en Afrique du Nord, régions assez tempérées pour ne pas avoir influencé la pigmentation de la peau. Les rameaux de race blanche de ces contrées semblent être à l'origine des diverses lignées blanches du Globe. Ceux de l'Hémisphère australe se seraient dispersés dans les contrées de l'Océan Indien et de l'Australie, alors que ceux du Nord de l'Afrique se seraient dirigés, les uns vers le Nord-Est jusqu'au Népal, les autres au Nord-Ouest jusqu'aux pays scandinaves. Au cours des millénaires, des brassages se seraient produits entre ces tronçons primaires les métissages entre Noirs et Blancs auraient produit la famille sémitique. Le rameau du Nord-Est, Indo-Iranien, par métissage avec la race jaune, aurait été à l'origine de la famille mongolique.

Il est donc possible d'affirmer que l'Afrique fut non seulement le centre de l'apparition de l'homme, mais aussi son centre d'évolution et de dispersion. Citons à ce sujet une communication que le Professeur Sud-Africain C.Van Riet Lowe, directeur de l'Archeological Survey à ('Université du Witwatersrand à Johannesburg, a adressée, le 3 juillet 1950, à "l'Association Sud-Africaine pour l'Avancement des Sciences", tenant ce jour-là séance à Salisbury, Rhodésie du Sud M. Van Riet Lowe s'exprime en ces termes :

Comme préhistorien, je vois l'homme se développant lentement depuis son origine, un climat uniforme recouvrant l'Afrique, jusqu'à ce que, après un grand nombre de millénaires et beaucoup de vicissitudes, il gagne l'Europe du Nord, l'Asie à l'Est et le Cap au Sud, voici plus d'un million d'années. (..) Pendant des centaines de milliers d'années qui s'écoulaient entre l'apparition de l'homme en Afrique et son occupation d'une partie de l'Europe du Nord et de l'Asie de l'Est, l'Afrique se maintint comme le plus grand et le plus important théâtre sur lequel se jouait le drame de l'évolution humaine. J'avance cette prétention sans hésitation.

Précisons que cette communication du Professeur C, Van Riet Lawe a été rapportée par M. Eugêne Guernier dans son livre L'apport de l'Afrique à la pensée humaine, qui affirme lui-même dans ce même livre:

Les doutes ne sont plus permis. L 'Afri­que, en l'état actuel de la science, peut être considérée, non seulement comme le berceau de l'homme et de sa conscience, mais encore comme l'atelier où » l'homo Faber» a fait les premiers outils dont il a diffusé l'usage à travers l'Europe et l'Eurasie, C'est aussi en Afrique que devaient naître plus tard "l'homo artifex" et "l'homo sapiens'.

Ces affirmations de savants anthropologistes, dont on ne peut nier l'autorité en ce domaine, nous permettent de déduire, en toute logique, que les premières formations sociales se sont constituées au Nord de l'Afrique, ainsi que les premiers moyens d'expression.

LES BERBERES A L'ORIGINE DES RACES BLANCHES?

M. Eugène Guernier, toujours dans son livre L'apport de l'Afrique à la pensée humaine, parlant de cette expression de la pensée, écrit :

Peut étre l'Africain, ayant vécu pendant des millénaires dans la béatitude d'une conscience naissant au c½ur d'une société encore dans l'enfance de son grégarisme, s'est-il contenté de formes d'expression plus archaïques, mais schématiques jusqu'au jour, beaucoup plus près de nous, où il utilisera, comme parfois en Afrique du Sud, des signes vocatifs, tandis que, plus tard, l'Egyptien usera de signes idéographiques comme les hiéroglyphes et que le Berbère inven­tera, lui aussi un certain nombre de signes vocatifs dits "Tifinar".

Il apparaît donc, en s'appuyant sur toutes ces données, scientifiquement établies, que. le groupement humain, établi en priorité au Nord de l'Afrique, est bien le tronc, Si l'on peut s'exprimer ainsi, de la généalogie humaine, d'où se seraient détachées les lignées blanches de l'Europe et de l'Asie.
LA PREMIERE LANGUE: LE BERBERE ?

La langue de ce groupement de base, parlée depuis les premiers balbutiements de ces peuples primitifs et grégaires, encore en usage actuellement chez les habitants des oasis égyptiennes et saha­riennes, chez les Kabyles de l'Algérie, chez les montagnards du Maroc et chez les insulaires des îles Canaries, est la langue berbère. Il est indéniable que les plus anciens documents d'expression du langage, retrouvés dans le Nord de l'Afrique, qu'ils soient idéographiques comme les hiéro­glyphes, ou consonantiques comme les « Tifinar », expriment des mots berbères. Citons en exemple certains hiéroglyphes, exprimant des mots berbères. compris de nos jours:

Ce mot signifie boire : il se prononce «swi», du verbe berbère «swa » de même signification.

Ce mot signifie femme et se prononce "ta metouTe", mot berbêre actuel pour désigner la femme. <extraits de la Grammaire élémentaire de Moyenne Egypte, par le Dr A. Du Buck>.


LA PREMIERE ECRITURE: LE TIFINAR?

De même, les tifinar expriment des mots berbères. M. Henri Lhote, dans son livre Les Touaregs du Hoggar, pariant des inscriptions de ti-finar, s'exprime en ces termes: Les plus anciennes comprennent des signes qui ne sont plus en usage et sont incompréhensibles pour les Touaregs. Elles commencent ordinairement par trois ou quatre points en ligne, suivis d'un rond, lequel est suivi de trois traits parallèles tracés longitudinalement par rapport au sens de l'inscription :

Elles Nont localisées au "Tassili; au Ahaggar. dans l'Adrar des Iforas...

Il poursuit un peu plus loin : Les inscriptions d'époque moyenne ou intermédiaires comprennent des signes initiaux qui sont ordinairement un trait suivi de trois points en triangle:

et dont la signification est encore com­prise des Touaregs. Ils veulent dire: "nek" ou 'ouannek'; c'est-dire ' moi'..., il ajoute un peu plus loin: Les plus récentes inscriptions sont matérialisées par le début: ; forme évoluée de:

et qui a la même signification, suivi ordinairement d'un nom propre et de caractères:

"tenet"' = ayant dit, la dis - et exprimant ultérieurement une pensée ou un v½u. Il paraît donc hors de doute que les 'ti­finar' sont bien un des moyens d'expression de la langue berbère et qu'ils doivent être vraisemblablement les premiers caractères humains exprimant par écrit la pensée de l'homme. Ces caractères très rudimentaires, sont tellement élémentaires et archaïques qu'ils ne peuvent dériver d'aucune autre forme d'écriture. Ils sont représentés par des signes géo­métriques :

qui ne rappellent aucun alphabet connu. Ils accompagnent bien souvent les gravures rupestres des temps les plus reculés. Ils se retrouvent, de nos jours, dans les poteries berbères et dans les tatouages. (Soulignons que le tatouage est une pratique spécifiquement berbère). Ces ti-finar, formés au cours des premiers âges de l'humanité consciente, datent certainement des mêmes époques que celles de la formation des hiéroglyphes que nous pouvons considérer comme les moyens d'expression pictographiques et idéographiques antérieurs à tous les autres.

Les plus anciens hiéroglyphes semblent remonter à quatre mille ans avant l'ère chrétienne, alors que l'écriture chinoise n'apparaît que vers trois mille ans avant Jésus-Christ et que les écritures pictographiques des Amériques (Mayas et Aztèques) datent du VIII siècle avant Jésus-Christ.

Les ti-finar apparaissent, associés aux hiéroglyphes dans des inscriptions de monuments et de statues égyptiennes les plus anciennes. Le plus suggestif à ce sujet est un groupe statuaire en schiste, découvert à Gizeh, actuellement au Musée du Caire, présentant le Mycerinus (IV eme dynastie) entre la déesse Hathor et la personnification du 17 eme nome de Haute Egypte (photo Oropeza) parue dans l'Histoire de l'Egypte ancienne par Jacques Pirenne.

Le texte gravé à la partie inférieure de cette statuette est constitué de signes hiéroglyphiques et de caractères, res­semblant aux ti-linar :

Il est donc permis de penser que ces premiers signes géométriques que sont les ti-finar ont servi de prototypes dans la formation ultérieure des alphabets qui se sont succédés (Egéens, Akkadien, Summérien, Phéniciens, Grec).
LE PREMIER ALPHABET:LE TIFINAR?
Le centre le plus ancien est celui de Crête où a régné le roi-prêtre Minos (d'où la dénomination "minoens"). Les villes datent d'avant -3000 d'après les données archéologiques. On y a retrouvé, gravés sur des blocs de pierre ou des vases en pierre, des sceaux, des écrits hiérogly­phiques qu'on date en deux stocks) l'un environ de -2900 à 2000, l'autre de -2000 à 1600. Parlant ensuite de l'alphabet consonantique des Sémites occidentaux, il déclare: Il est vraisemblable que l'origine du tracé des alphabets linéaires est pictographique ; des arguments sont donnés ci-après : pour le système, il apparaît partout alphabétique, c'est-à-dire que les caractères sont des lettres, représentant des sons simples et, par conséquence immédiate, étant en plus petit nombre (22 en phénicien) que les caractères égéens. Le stade phonographique intégral paraît avoir été réalisé sans passage par le stade idéographique ni par le stade sylla­bique du type décrit sous F (11 s'agit des écritures minoennes de Crête). Il faut indiquer que cette invention remarquable ne s'est produite qu'à une époque relati­vement tardive, où, du moins d'une manière générale, une progression intellectuelle notable s'était réalisée.

Elle se situe dans une région où l'on ne pouvait pas ignorer les éléments phonographiques des écritures incommodes égyptiennes et mésopotamienne et l'usage plus étendu de ces éléments dans les écritures égéennes.


A L'ORIGINE DU PIIENICIEN ET DU GREC : LE TIFINAR?

Cette innovation, qui a conduit à la formation des alphabets phénicien et grec, est tout simplement une évolution du prototype que sont les ti-finar. On ne peut s'empêcher, en examinant attentivement les lettres de ces deux alphabets, de constater qu'aussi bien les lettres phéniciennes que les lettres grecques ne sont que la transformation linéaire des ti-finar. Ces derniers, ainsi que les hiéroglyphes, s'ils formaient une écriture claire et détachée sur les monuments et inscriptions, donnaient dans l'usage courant une écriture compliquée de signes enchevêtrés les uns dans les autres au point de rendre le texte illisible. Cette écriture, dénommée démotique, fit place, dès le premier millénaire, dans les écrits sur papyrus, à une écriture en caractère grecs, permettant une lecture plus aisée.


LA PIERRE DE ROSETTE

Il n'est pas rare de rencontrer des inscriptions, portant les trois genres d'écri­ture. Ainsi, cette inscription faite sur la fameuse « Pierre de Rosette » dont parle Adolphe Erman, Professeur a l'université de Berlin, dans son livre L'Egypte des Pharaons: Cette pierre, écrit-il, porte une triple inscription en haut figurent quatorze lignes d'hiéroglyphes (et ti-finar), au milieu trente-deux lignes de signes curieux et en bas cinquante quatre lignes en langue grecque. Cette inscription grecque permet de reconnaître de quoi il s'agissait. En l'an 196 avant j-C, les prêtres de toute l'Egypte avaient tenu un concile a Memphis et avaient délibéré au sujet des honneurs que l'on devait porter au jeune roi Ptolémée Epiphane, en récompense de tout le bien qu'il avait fait au peuple aux temples, au clergé. On élèverait dans chaque temple une statue du roi à côté de laquelle serait placée une table, rapportant cette décision au clergé. Cette tablette, d'ailleurs, porterait le décret sous trois formes : la première en hiéroglyphes, comme il se devait pour les temples, une autre en langue vulgaire, appelée démotique, et la troisième dans la langue de la cour le grec.

ROSETTE

Rosette Rachid en arabe. Ville de Basse Egypte sur la branche occidentale du Nil. Elle fur fondée par les Arabes vers 870, prés de l'emplacement de l'ancienne Boblbitine.

Fragment de stète en basalte noir découvert

An 1799 pendant l'occupation française par le commandant d'artillerie Boussard, actuellement au Brtish Museum. Il est couvert de trois inscriptions : la première en caractères hiéroglyphiques, la seconde on caractères démotiques et la troisième en grec et datée de 193 av J-C. L'inscription hiéroglyphlque est tronquée. les deux autres

sont a peu prés intactes ; les trois ne sont que le texte, on trois écritures et en deux langues, d'un unique décret rendu par les pretres égyptiens en l'honneur de Ptolemée Epiphane. C'est grâce à la Pierre de Rosette que tes hiéroglyphes purent être déchiffres par Champollion (1831). L'inscription de Rosette a été publiée par Chabas (1867)

pour ta partie hiéroglyphique, et pour la partie demotique par Bruysch et par Révilloit. (Dictionnake laroussel



Cette évolution de l'écriture, depuis les hiéroglyphes, les ti-finar, jusqu'aux alphabets phénicien et grec, nous permet de constater que l'écriture berbère est une écriture antérieure aux autres. M. Eugêne Guernier, toujours dans son livre L'apport de l'Afrique à la pensée humaine, écrit: Nous nous trouvons en présence d'une telle continuité dans l'art dans l'espace et dans le temps, qu'on est on droit de se demander Si l'humanité ne possède pas là tous les éléments écrits, gravés, peints sur et dans la pierre d'une ou plusieurs civilisations artistiques, dont les effets se lisent dans l'art égyptien de l'Ancien Empire qui lui-même a évolué vers celui du Moyen et du Nouvel Empire, on donnant naissance à l'art grec, comme aussi dans l'art préhistorique des cavernes libyennes, espagnoles et françaises, dont on retrouve des traits dans notre propre Renaissance.



M. Marcel Cohen, Directeur d'Etudes à l'école des Hautes Etudes, dans son livre L'écriture, parlant de l'écriture idéogra­phique et syllabique en Mésopotamie, écrit: Il n'est pas sûr que cette écriture soit née sur place ; elle a pu être apportée d'ailleurs, soit dans une migration, soit par emprunt à une civilisation encore antérieure et externe à la Mésopotamie. Cet apport extérieur ne pouvait être que berbère, car il ajoute un peu plus loin: On a retrouvé à Syblos plusieurs stèles et plaques de métal avec des inscriptions on caractères hiéroglyphiques rangés on lignes horizontales d'après les données archéologiques, elles pourraient remonter au moins au deuxième millénaire avant Jésus-Christ.

Le même auteur, dans le même livre, parlant de l'écriture hiéroglyphique et syllabique du bassin oriental de la Méditerranée et régions voisines, écrit: Dans le bassin oriental de la Méditerranée se sont développés des centres de civilisation restreinte. sensiblement contemporaine des centres égyptiens et mésopotamiens et au moins aussi avancés. La navigation et le commerce maritime ont dû y développer tôt les besoins d'écriture pour les messages, comptes et contrats.

DES RACINES BERBERES DANS LE GREC, LE LATIN ET LES LANGUES SEMITIQUES

Tous ces documents, dont l'authenticité est vérifiée, nous incitent à penser que la langue berbère, par son antériorité, est une langue mère. Ceci est confirmé par la présence simultanée de nombreux vocables de base berbère, dans des langues aussi diverses que les langues grecques, sémitiques et latines. Ainsi, sans citer des mots aussi répandus que: «ma»: mère - ou «mouTe » : mort , nous trouvons des vocables comme: 1-semme ce mot signifie en langue berbère le nom. Nous le trouvons avec le même sens dans la langue grecque sous le mot "semma" (qui a donné le mot sémantique en français) et, sous le vocable de «A-semmou » ou « achemou », dans les langues sémitiques. Louya : ce mot signifie en berbère paroles, discours. Il se retrouve avec le même sens dans le mot grec "logos" et dans le terme arabe "lougha".

A-seguemme signifie en berbère le nombre, ou partie de..., ou fraction de... Ce mot se retrouve, dans la langue latine, sous le vocable "segma", signifiant segment et, en langue arabe, sous le mot "mesegueme" qui veut dire 'ordonné'.

Ces quelques exemples, qu'il est possible de multiplier, suffisent à démontrer que la langue berbère n'est pas étrangère à la formation des langues du Moyen-Orient, et du Bassin Méditerranéen d'où sont issues les plus belles civilisations humaines.

Cette langue-mère se serait diluée peu à peu, au cours des siècles, jusqu'à disparaître des langues modernes. Elle est restée à peu près intacte chez les divers peuples berbères du Nord de l'Afrique, dont elle constitue l'ethnie.





REPARTITION DES BERBERES SELON HERODOTE

Les groupements berbères se sont diversifiés, dès les premiers temps, et ont pris la forme de vie, imposée par la nature des régions qu'ils ont occupées. Le grand historien grec Hérodote (qui a vécu entre 480 et 423 avant Jésus-Christ, c'est-à-dire mille ans avant la naissance du Prophète Mohammed) parlant des Berbères, qu'il appelle Libyens, écrit : La Libye renferme beaucoup de nations différentes... Voici l'ordre dans lequel on trouve les peuples de la Libye:

A commencer depuis l'Egypte : les premiers qu'on rencontre sont les Adyrma­chides... Les Giligames touchent aux Adyrmachides... Immédiatement après Les Giligames, on trouve les Asbytes, du côté du couchant ; ils habitent le pays au dessus de Cyrène, mais ils ne s'etendent pas jusqu'à la mer... Les côtes maritimes sont occupées par les Cyrénéens... Les Auschises sont à l'occident des Asbytes, auxquels ils confinent ; ils habitent au dessus de Barce et s'étendent jusqu'à la mer près des Evesperides. Les Cabales (d'où vient le mot Kabyles) demeurent vers le milieu du pays des Auschises. Le pays des Auschises est borné à l'ouest par celui des Nasamons. Au-dessus de ces peuples, vers le midi, dans un pays rempli de bêtes féroces, sont les Garamantes. Ils ont pour voisins les Macés... Ceux-ci sont à l'ouest et le long de la mer ... Les Gindanes touchent aux Macés... Les Lotophages habitent le rivage de la mer qui est devant le pays des Gindames... ; ils confinent le long de la mer aux Machyles... Immédiatement après les Machyles, on trouve les Auséens.... ; au-dessus, en avançant dans le milieu des terres, on rencontre la Libye sauvage au-delà de laquelle est une élévation sablonneuse qui s'étend, depuis Thèbes en Egypte, jusqu'aux Colonnes d'Hercule (Gibraltar). On trouve dans ce pays sablonneux... les Ammo­niens... , après les Ammoniens... on rencontre une colline de sel avec de l'eau et des habitants aux environs... Le mont Atlas touche à cette colline... Les habi­tants de ce pays... se nomment Atlantes... à l'est du fleuve Triton. Les Libyens laboureurs touchent aux Auséens, ils ont des maisons et se nomment Maxyes3 . Les Libyens maxyes touchent aux Libyens Zauèces4 - les Gyzantes habi­tent immédiatement après les Zauèces... Tels sont les peuples de Libye.

Toutes ces nations berbères seront appelées plus tard, par les Romains, Numides et Mauritaniciens. Leurs descendants actuels sont les Kabyles de l'Algérie et les Berbères marocains.

Seuls de tous ces peuples berbères, les Egyptiens, favorisés par la vallée du Nil, ont pu former une unité nationale. Les autres groupements ont conservé jalou­sement leur liberté et sont restés indépendants les uns des autres. Ce manque de cohésion sera plus tard la cause de leur perte et de leur ruine.




EMPRUNTS GRECS AUX BERBERES

Quoi qu'il en soit, ces premiers groupements berbères ont vécu en société bien organisée et policée, suivant de près l'évolution égyptienne. Il ne reste aucun vestige de ces temps anciens. Un jour, peut-être, des fouilles très profondes ramèneront des documents qui nous éclaireront sur la vie de ces groupements. Il est pourtant des faits qui peu­vent nous fixer sur l'état d'esprit et le mode de vie de ces populations. Hérodote, parlant de la société grecque, écrit :



Les Grecs ont emprunté des Libyennes l'habillement et l'égide <bouclier> des statues de Minerve, excepté que l'habit des Libyennes est de peau et que les franges de leurs égides ne sont pas des serpents, mais des bandes de cuir. Le reste de l'habillement est le même. Le nom de ce vêtement prouve que l'habit des statues de Minerve vient de Libye. Les femmes de ce pays portent, en effet, par dessus leurs habits, des peaux de chèvre, sans poils, garnies de franges et teintes en rouge. Les Grecs ont pris leurs égides de ces vêtements de peau de chèvre. Je crois aussi que les cris perçants qu'on entend dans les temples de cette déesse tirent leur origine de ce pays. C'est, en effet, un usage constant parmi les Libyennes et elles sont acquittent avec grâce. C 'est aussi des Libyens que les Grecs ont appris à atteler quatre chevaux à leurs chars.

Dans un autre chapitre, parlant des Libyens nomades, il déclare :

Tout le pays, qui s'étend depuis l'Egypte jusqu'au lac Tritones, est habité par des Libyens nomades qui vivent de chair et de lait. Ils ne mangent point de vache, pas plus que les Egyptiens et ne se nourrissent point de porc. Les femmes de Cyrène ne se croient pas permises non plus de manger de la vache, par respect pour la déesse Isis, qu'on adore en Egypte. Elles jeûnent même et célèbrent des fêtes solennelles on son honneur. Les femmes de Barcé, non seulement ne mangent point de vache, mais elles s'abstiennent encore de manger de la chair de porc.

Ces groupements berbères étaient orga­nisés en petits états, parfois des Cités-états ou des petits-royaumes indépendants. Il est à peu près certain que les royaumes maritimes berbères ont eu une civilisation et une activité sociale, écono­mique et politique très grandes, contemporaines des civilisations "minoenne" et "mycénienne". Plus tard, ils entretinrent des contacts et des relations commerciales suivis avec les Phéniciens (auxquels ils ont concédé des comptoirs pour favoriser leurs échanges : Lixus, Utique, Carthage), de même avec les Grecs et les Romains.

LES ROMAINS DETRUISENT LES BERRERES

Les malheurs de ces peuples berbères commencèrent après la destruction de Carthage par les Romains. Ces derniers, par la suite occupèrent l'Egypte, puis, après la prise du roi Jugurtha (ils eurent ce roi berbère par trahison) s'emparèrent de l'Afrique du Nord. Les Romains incendièrent, pillèrent, détruisirent et rasèrent les villes des Berbères. En Egypte, ils brûlèrent la bibliothèque d'Alexandrie qui renfermait des trésors intellectuels.

Une partie du peuple berbère se retira dans les montagnes, se replia sur elle-même, s'enkysta. C'est ainsi que disparut leur écriture et que, jusqu'à nos jours, elle est demeurée inexistante. Ceux qui ont succédé aux Romains n'ont rien fait pour le restaurer.

Les Vandales, qui remplacèrent les Romains au Ve siècle après J-C, n'ont pas favorisé la culture berbère. Bien au contraire, comme l'écrit le général Bremond dans son livre Berbères et Arabes : Les Vandales condamnaient à mort tout indigène convaincu de savoir lire et écrire, fût-ce simplement de savoir signer de son nom.
DES BERBERES DE GENIE...
Ce peuple dont les ancêtres ont bâti les pyramides et qui, tout au long des siècles, à travers toutes les civilisations qui se sont manifestées au Nord de l'Afrique. a donné à l'humanité des chefs militaires de génie, comme Hannibal, Juqurtha, Tarik ; des philosophes éminents comme Tertullien, Plotin, Saint Augustin, Iben Khaldoun, et, de nos jours, des techniciens de la valeur de Bou-Akouir des poètes comme Mohand O'Mehind ; des écrivains tels que Jean Amrouche, Ferahoun, Sahili, Amar Naroun, Lamek, Boussaoub ; des compositeurs comme Taweus Amrouche, Azzam, Mouloudji ; ce peuple ne peut demeurer un peuple mineur. Il faut qu'il reprenne ses destinées cultu­relles, développe sa civilisation et reconstitue sa grammaire. Pour cela, il doit sortir de sa stagnation, retrouver son écriture moyen d'expres­sion indispensable, car, comme l'écrit M. Eugêne Guernier :

Tout peuple qui ne possède pas de langue écrite ne peut participer que de très loin à la course universelle de l'esprit humain.

GRAMMAIRES BERBERES
De nombreuses publications et essais grammaticaux ont été élaborés par des berbèrologues éminents. Ils ont accompli un travail considérable, de recherche et de synthèse, qui force l'admiration. Ces diverses grammaires se sont avérées trop compliquées, très difficilement intelligibles et manquent de clarté. Ces travaux ont abouti à donner le visage d'une langue berbère faussement apparentée à la langue arabe.

RACINES COMMUNES AU GREC ET AU BERBERE

La langue berbère est une langue originale : elle ne peut s'apparenter qu'à la langue grecque. Elles sont de même souche. Ce sont les deux seules langues possédant des articles analogues: O – A - To - Ta - communes. Ainsi "lumière", en langue grecque se dit "phaus" ; en berbère : "phate" (ta). De même, le mot "thalasso", en langue grecque, signifie "océan" en langue berbère, le mot "tala" signifie "source". Le mot "amokrane", qui signifie "long", "grand", a la même racine que "makros" En grec de même signification. Nous pouvons ainsi multiplier les exemples.

Il n'est tout de même pas inutile de rappeler que la négation (ne... pas) est la même dans les deux langues (ou ... ara). Pour toutes ces raisons, la grammaire que nous présentons est différente de toutes celles qui ont paru à ce jour.

Il était possible d'utiliser, comme caractère d'écriture, les lettres de l'alphabet grec ou de prendre un alphabet en "ti finar" que M. Khelifati, ce savant berbériste, a constitué d'une façon complète. Cependant, il nous a semblé que, tenant compte de l'époque où nous vivons, il nous fallait une écriture simple, pratique et moderne.

UN CHOIX : LA TRANSCRIPTION LATINE

Nous avons donc choisi les lettres de l'alphabet latin. En effet, actuellement, les langues (les sémitiques et les chinoises exceptées) de tous les peuples évolués du globe s'écrivent an caractères latins. Nous avons tout de même ajouté certaines lettres grecques pour exprimer certains phonèmes inexistants dans la langue latine. Nous avons également modifié la phonétique de certaines lettres latines.

Dans un but de simplification, nous n'avons pas cru nécessaire d'utiliser des signes d'accentuation. Dans le cas où les voyelles doivent être prononcées sur un ton particulier, nous le précisons par l'emploi d'une diphtongue. Ainsi : euleine pour eulène. Nous n'avons pas voulu attacher d'importance à la différence de prononciation d'une lettre par les Berbères de régions diverses. Ainsi, prononcer le mot porte : ta pourte ou : ta bourte ou : ta gourte ou : ta wourte, ne sont que des différences d'accentuation qui ne modifient nullement le sens du mot.

Enfin, dans un but de compréhension et de divulgation, chaque page écrite en berbère est traduite simultanément en langue française sur la page concomitante.

Cette grammaire n'est évidemment pas parfaite, mais il faut espérer qu'elle sera un point de départ et qu'elle contribuera à l'épanouissement de la culture berbère. C'est mon v½u le plus cher




LE ROYAUME BERBERE DE DJEDAR

En 534 après J-C. les Byzantins chassèrent les Vandales et les remplacèrent. Les Berbères étaient sur le point de reprendre leur culture. Rober et Marianne Cornevin, dans leur Histoire de l'Afrique nous apprennent : à la même époque (V et VII siècles), les Berbères de l'actuelle Oranie avaient fondé un royaume, malheureusement très mal connu, appelé "royaume des Djedar", du nom de la région de la Haute Mina au sud-ouest de Tiaret, où se dressent treize monuments funéraires en forme de pyramides dont l'un atteint quarante cinq mètres de haut. La dynas­tie des Djedar était berbère et chrétienne, et étendait, semble t-il, sa souveraineté depuis la Moulouya jusqu' à l'Aurès.

Malheureusement, cela ne durera pas, car en 840 après J-C, les Arabes déferlèrent sur l'Afrique pour imposer leur religion. A ce sujet, ouvrons une paren­thèse pour parler des religions en Afrique du Nord.


LES RELIGIONS BERBERES
Depuis les temps les plus reculés, les peuples berbères vouaient un culte aux forces de la nature. Ils avaient divinisé le ciel, le soleil, la lune, les plantes et les animaux. Cette croyance en plusieurs dieux (polythéiste) était soutenue par une morale, d'une extrême sagesse, dite "Doctrine de Ptahotep".

Vers 2700 avant J-C et 370 avant Mohammed, apparut, pour la première fois, une croyance en un Dieu unique, fondée par l'Hébreu Abraham. Cette religion fut adoptée en Egypte par les familles juives qui étaient groupées en tribus, Au moment de "l'Exode", certaines de ces tribus, au lieu de se rendre en Palestine, allèrent vers la partie occidentale de l'Afrique du Nord et gagnèrent à leur croyance de nombreuses populations berbères.

L'avènement de Jésus-Christ (Aissa) fit connaître une nouvelle croyance en un Dieu unique. Cette religion fit de nombreux adeptes parmi les populations berbères du Nord Occidental de l'Afrique. (De nombreux martyrs chrétiens berbères périrent dans les arènes de Rome). Le Christianisme se développa rapidement parmi les populations berbères, prit un grand essor et dura jusqu'à l'arrivée des Arabes en 640 après J-C.

Les Arabes, après s'être emparés facilement de l'Egypte, déferlèrent vers l'ouest. Mais là, ils se heurtèrent à une opposition farouche. La résistance de Koceilah et celle de la Kahena restent célèbres et dignes d'admiration.

Le pays aux mains des Arabes, les Berbères durent s'islamiser et adopter la langue des envahisseurs. La culture berbère disparut et fut complètement oubliée par les générations qui suivirent, même quand elles formèrent des dynasties : les Almoravides et les Almahades.


LA LANGUE ARABO-BERBERE
De nos jours, les Egyptiens, les Cyrénéens et les Tunisiens sont presque complètement arabisés. Il n'en est pas de même pour les Algériens et les Marocains. En Algérie et au Maroc, la population musulmane est composée de Berbères purs et d'Arabo-Berbères. Ces derniers habitent généralement les villes. Ils parlent une langue, "l'arabe parlé", constituée par un mélange de mots arabes berbérisés et de mots berbères arabisés. Un très petit nombre de ces Arabo-Berbères comprennent et écrivent la véritable langue arabe.

La langue berbère est encore bien vivante. Elle est le langage de ce vieux peuple berbère qui s'est cantonné dans ses montagnes, en conservant sa langue, ses coutumes millénaires et son folklore.










# Posté le mardi 08 avril 2008 08:38
Modifié le dimanche 31 mai 2009 15:16

Kahena

Kahena
Roman historique évoquant la reine berbère d'un petit royaume juif ayant résisté à la conquête arabe au VIIe siècle

« C'est au c½ur du massif des Aurès, dans le sud de l'Algérie et de la Tunisie actuelles, qu'au VIIe siècle vivait la puissante tribu berbère des Djéraoua, d'origine juive, dont la Kahéna était la reine. Cette femme, d'une beauté remarquable et dotée de pouvoirs étranges, prédisait l'avenir et guérissait les malades, jouissant parmi les siens d'une autorité indiscutée car elle rendait la justice avec équité mais savait aussi se montrer impitoyable. Lorsque les Arabes décidèrent de porter la parole du Prophète de par le monde, ils envahirent l'Afrique du Nord, détruisirent Carthage et chassèrent les Byzantins installés dans les colonies côtières. Refusant d'abjurer sa foi, la Kahéna rassembla les peuplades de l'Ifrikia, de la Numidie et de la Mauritanie et, à la tête d'une armée innombrable, parvint à infliger aux Arabes une terrible défaite. Ce fut le dernier acte de résistance contre l'islam de cet étonnant peuple berbère, souvent méconnu, mélange d'anciens Libyens, Phéniciens et Juifs... Se fondant sur de nombreuses sources historiques, qu'il expose en annexe de ce roman, Didier Nebot reconstitue avec une force d'évocation rare la vie et les coutumes des tribus berbères au VIIe siècle. S'il s'attache à la figure exceptionnelle de la Kahéna, c'est aussi pour mieux relater cet épisode de la conquête arabe qui marqua un tournant décisif dans la destinée des pays du Maghreb. » (présentation de l'éditeur)

« Dans les Aurès, au VIIe siècle, elle fut la dernière avec sa tribu des Djéraoua à opposer ses armes à l'avancée des Arabes et de l'Islam. Sous une forme romancée mais fidèle à l'histoire, Didier Nebot reconstitue l'épopée de la Kahéna, la fille de Tabet, la reine de ce peuple berbère héritier d'une tradition juive cultivée d'exil en exil. Au milieu des trahisons et des embuscades, elle livre un combat sans merci à cette force montante tout près d'imposer sa loi à une Afrique du Nord religieusement divisée. Voici un très beau portrait de femme de pouvoir, sorcière aux charmes puissants, à l'énergie sans faille, qui marchera au martyre avec grâce et détachement après avoir exhorté ses fidèles à se dresser contre la fatalité. Une page d'histoire oubliée qu'il n'est pas inutile d'ouvrir en grand pour mieux comprendre aujourd'hui le sens de la révolte berbère.
# Posté le mardi 08 avril 2008 08:47
Modifié le jeudi 02 juillet 2009 15:40

kabylie

# Posté le jeudi 10 avril 2008 03:42

BeRbErE

# Posté le jeudi 10 avril 2008 04:07

L'histoire de Lalla Fadhma N Soumer

L’histoire de Lalla Fadhma N Soumer
bonjour tout le monde


voila j'ai cette idée de rendre homage à lala fadhema n'soumer l'exemple d'une femme algerienne au sense propre du mot qui a defendu sa dignité et sa liberté
Fadhma N'Summer est l'héroïne de la résistance à l'occupation de la Haute Kabylie par les armées du Maréchal Randon, au cours des années 1850 à 1857.
Lalla Fadhma N Soumer est originaire du village d'Ouerja.Née vers 1830, elle est, d'après la tradition orale, d'une grande beauté. De souche maraboutique, sa liberté est restreinte. A cette époque, le bigotisme ambiant ne favorise certainement pas les expressions de la séduction et les enthousiasmes juvéniles.

Très tôt, on veut la marier ... Se présentent à elle plusieurs prétendants. Elle n'en accepte aucun. Prise pour folle ou possédée, on l'enferme dans un réduit,certains disent, une semaine, d'autres plus! A sa sortie du "placard", elle est métamorphosée, d'aucuns diront trauma ! En fait, Dieu lui a révélé sa foi, son esprit est ailleurs. Sa famille ne se rend pas compte immédiatement du changement intervenu en elle et lui serine : "marie-toi, marie-toi !" C'est sous la pression familiale qu'elle épouse son cousin. Comme seule arme de défense, elle décide de ne pas consommer le mariage. Après 30 jours, la
belle-famille et le mari, excédés, la ramène à ses parents.

Le village la met en quarantaine ainsi que sa famille. C'est à cette époque qu'on assiste à une deuxième métamorphose perçue par certains comme une aggravation de son état.
Prise pour folle, on la laisse tranquille. La journée,elle décide d'arpenter la montagne et ne revient qu'au couché du soleil. Elle découvre la "grotte du Macchabée", ainsi nommée par les Français, parce qu'on y a découvert un squelette momifié.

Après quelques temps, elle étonne tout le monde en annonçant sa décision de rejoindre son frère
(marabout) exerçant ses talents de cheikh au village de Soumer. Son frère accepte sa présence et elle reste dans son ombre, tout en se mettant à étudier le Coran et l'astrologie ..L'ayant acceptée, les habitants du village s'habituent à ses "excentricités", lui vouant même un certain respect. Ils apprécient son
intelligence et remarquent le talent, équivalent à celui de son frère, en ce qui concerne les
prédictions, la résolution des litiges et la capacité d'attirer de favorables augures.

Mais la nuit, elle rêve, elle hallucine ...

Un jour, elle se confie à son frère et, peu de temps après, elle convoque les villageois sur l'agora et leur annonce : "chaque nuit, je vois des hordes farouches qui viennent nous exterminer et nous asservir. Nous devons nous préparer à la guerre !". Prenant ses dires très au sérieux, des émissaires
parcourent alors toute la Kabylie pour mobiliser les hommes contre l'envahisseur français qui s'annonce.
On dit que c'est un jour de 1852 que Lalla Fadhma N'Soumer a reçu cette révélation. 1830 : les Français débarquent à 15 kilomètres à l'ouest d'Alger.


Il leur faudra attendre 1846 pour atteindre et conquérir Tizi Ouzou dont la prise leur garantit l'accès à la Kabylie maritime et au massif du Djurdjura. Les troupes françaises sont commandées par le Maréchal Randon, futur ennemi de Lalla Fadhma. La tactique française est de livrer bataille, affaiblir les Kabyles, verrouiller les accès pour n'occuper le terrain avec des garnisons que des mois plus tard. Le Maréchal Randon tente de corrompre une tribu. Il leur demande de laisser passer ses troupes contre rétribution et promesse de non agression. Le comité des sages lui répond : "nous restons sourds aux
paroles de trahison". Depuis, cette tribu porte le surnom de Iâazzougen ou "les sourds".

Les Français décident alors de remettre à plus tard leur attaque et pacifie la région de Tizi Ouzou. Mais en 1854, ils reviennent à la charge...A la même époque apparaît l'homme à la mule, un genre de "moine-combattant". Sa mule annonçait l'approche de l'ennemi en tapant furieusement des sabots. Il rencontre Lalla Fadhma à Azazga et on dit qu'ils tombèrent amoureux.
Une romantique histoire aurait pu naître, entre une Maraboute et un prédicateur si Lalla Fadhma avait été divorcée ... Un nombre incalculable d'intercesseurs tentent de faire entendre raison au mari rancunier de
Lla Fatma, mais rien n'y fait ! Le Maréchal Randon, toujours déterminé, va lancer son offensive en juin 1854. Il arrive à battre les troupes de Lalla Fadhma et occupe Azazga. Elle se réfugie dans la haute montagne, avec l'homme à la mule ...Il s'en suit un série de batailles finalement gagnées par les Français mais, fidèles à leur tactique, ilsretirent leurs troupes : Icheridden, Larbaa Nath Irathen et plus tard, Fort National.

Juillet 1854, c'est la bataille des Ait Khlef, la clé du passage vers la tribu des "Ait-menguelet", qui ont vaillamment combattu mais se sont fait tanner comme les autres ...Lalla Fadhma se retire toujours plus dans la montagne (vers Iferhounen et Illilten). Elle se retrouve, en fait, près de son village d'origine. A ses côtés,toujours le moine. La guerre continue.
Le lieu choisi pour la prochaine rencontre avec les Français s'appelle Tachkirt et la bataille aura lieu en juillet 1854. Cette fois, les Kabyles arrivent à contenir l'ennemi et à lui infliger ce qu'on peut appeler une défaite. Le Maréchal se replie sur Tizi Ouzou avec ses troupes et, ce coin de la montagne ne reverra les Francais que deux ans plus tard pour une revanche. Pour le Maréchal Randon, la prochaine attaque, doit être le coup de grâce ! Et le 24 mai 1854 c'est un corps expéditionnaire, doté en artillerie lourde et déterminé, qui s'ébranle de Tizi Ouzou.
Le 25, la bourgade de l'Arbaa n' Ath Irathen est prise. Elle est renommée Fort Napoléon en l'honneur de l'Empereur puis Fort National au moment de la Troisième République.
C'est à 15 kilomètres de là, à Icherriden que se scellera l'avenir de la Kabylie : le lieu de la
bataille finale.L'amoureux de Lalla Fadhma y participera puis s'exilera en Syrie.
Le combat a lieu dans les derniers jours de mai 1857,une belle boucherie et la débâcle pour les Kabyles.
C'est l'heure du découragement, beaucoup de paysans-soldats kabyles se démobilisent et retournent dans leur foyer. Lalla Fadhma, elle aussi, voit son ardeur vaciller.Elle trouve refuge dans un village du nom de Takhlidjt Ath Assou où elle tente un moment de se faire oublier.Mais les Français ont payé des espions pour savoir où elle se trouve et la faire, soit enlever, soit assassiner. Le Maréchal Randon sait que la troupe de Lalla Fadhma est découragée, démobilisée, que la population est fatiguée par la guerre et qu'elle souffre de faim. Il fait une offre de reddition à Lla Fatma N'Soumer. L'histoire, ici, emprunte deux chemins : il est vrai que le Maréchal envoie le capitaine Ferchaux, chargé d'approcher Lla Fatma.

Certains disent qu'elle s'est rendue à cet émissaire. D'autres qu'en s'approchant par surprise du village de Takhlijdt, où il ne reste guère que des femmes et des enfants, le Capitaine a pu enlever Lalla Fadhma et la livrer au Maréchal Randon.

Il n'en reste pas moins que c'est en cet été 1857 que Lalla Fadhma se retrouve face au Maréchal dans sa tente et qu'il s'écrie «voilà donc la Jeanne d'Arc du Djurdjura». Lalla Fadhma est confiée à la garde d'un
Bachagha, notable allié des Français. Elle vivra dans une zaouia: confrérie maraboutique, recluse, dans la région de Tizi Ouzou. Elle mourra 6 ans plus tard à l'âge de 33 ans. Les Français exigèrent des Kabyles l'équivalent de 30 millions de franc or de tribut de guerre. Ce qui n'est pas rien pour une population somme toute pauvre. Les hommes furent exilés à Cayenne, Madagascar et en Nouvelle Calédonie ou il reste encore des descendants de ces Kabyles.

# Posté le jeudi 10 avril 2008 04:35
Modifié le dimanche 31 mai 2009 17:23

Personalité Amazighes de l'histoire

# Posté le jeudi 10 avril 2008 04:57
Modifié le vendredi 06 février 2009 07:28

Les Femmes Berbere,Algerie,Maroc,Tunisie,Libye." Du Monde. "

# Posté le mardi 15 avril 2008 09:41
Modifié le mardi 15 avril 2008 09:58

Jugurtha, un roi berbère et sa guerre contre Rome

Jugurtha, un roi berbère et sa guerre contre Rome
.
© Inalco-Centre de Recherche Berbère
JUGURTHA, de la Grande à la Petite Numidie
[Notice parue dans l'Encyclopédie berbère, XXVI, 2004, p. 3975-3979]
De tous les Africains qui jouèrent un rôle important dans l'histoire de la
Berbèrie, Jugurtha paraît le plus illustre, particulièrement à notre époque où
l'ensemble des Imazighen recherche des figures emblématiques telles que
Massinissa, Tacfarinas, la Kahina. Jugurtha est le plus choyé : ses thuriféraires
lui reconnaissent les qualités les plus recherchées chez un chef de guerre qui
fut nourri, dans son jeune âge, des récits et des actes audacieux de son aïeul
Massinissa qui, du petit royaume massyle, avait fait un empire rassemblant
sous son autorité la plupart des Berbères du Nord; Numides massyles et
masaesyles et une partie des Gétules). Devenu maître de cette grande Numidie,
Jugurtha se devait de maintenir son étendue et d'assurer sa mise en valeur
poursuivant l'oeuvre de Massinissa et de Micipsa. Nous verrons qu'à la fin d'un
règne catastrophique, il ne subsistait, par la faute même de Jugurtha qu'une
Petite Numidie exsangue et amputée du tiers de son territoire.
Le Bellum jugurthinum
Il est bon d'analyser la personnalité de ce prince pour lequel nous
disposons de l'une des meilleures oeuvres historiques de la littérature latine : le
Bellum Jugurthinum de Salluste qu'il est possible de compléter par des emprunts
à de nombreux auteurs latins ou grecs : Tite-Live, Appien, Diodore de Sicile,
Eutrope, Paul Orose. En lisant ces textes, on se rend compte que le livre de
Salluste est plus une oeuvre littéraire qu'un récit historique. La différence est
bien marquée, par exemple, avec le Bellum africanum qui a le style et la sobriété
d'un rapport d'état-major.
Salluste n'hésite pas à remonter les siècles pour rechercher les origines
des peuples d'Afrique; il va même jusqu'à interroger les ouvrages en langue
punique en possession du roi Hiempsal ou peut-être même écrits par ce
souverain. Salluste est bien moins scrupuleux dans l'établissement de la
chronologie ou dans la mise en place du cadre géographique africain. Dans ce
domaine ses connaissances sont si limitées qu'on a peine à croire que Salluste
fut le premier préteur de la province nouvelle, l'Africa nova constituée par
César aux dépens de ce qui subsistait du royaume de Numidie. C'est ainsi qu'il
n'hésite pas à écrire que Cirta n'est pas éloignée de la mer et il ignore tout de
la topographie si particulière de cette cité dont il décrit le siège comme s'il
s'agissait d'une ville de plaine.

Dans le récit, la continuité historique n'est guère plus respectée. On
connaît l'épisode pittoresque du soldat ligure amateur d'escargots qui découvrit le chemin qui permit aux troupes de Marius de s'emparer de la place
forte qui était située non loin de la Mulucha (Moulouya). Cette anecdote fait
suite immédiatement à la prise et au sac de Capsa (Gafsa) ville située à l'autre
extrémité de la Numidie. Ce qui faisait penser à S. Gsell que Salluste oubliait de
dire qu'un hiver s'était écoulé entre les deux opérations. Ces remarques nous
incitent à utiliser le Bellum Jugurthinum avec la plus grande prudence.
La personnalité de Jugurtha
C'est pourtant dans le texte de Salluste que nous trouvons le portrait le
plus complet du' prince numide. Bien qu'il ait été écrit par un romain, donc un
adversaire, ce portrait semble véridique à Stéphane Gsell qui insiste sur ses
qualités de chef de guerre. Il dépeint un guerrier brave jusqu'à la témérité,
menant des opérations de guérilla dans lesquelles il excelle mais n'hésitant pas
à engager de vraies batailles, comme il l'avait appris des Romains en Espagne,
sachant en même temps conduire une diplomatie complexe auprès du Sénat
romain et de Bocchus roi des Maures dont il obtint l'alliance. Mais à ces
avantages s'ajoutent des traits de caractère particulièrement odieux. Il
méprise ses adversaires et sacrifie sans vergogne tout conseiller ou
compagnon d'armes qui a cessé de plaire. Intelligent, ambitieux, il commet des
erreurs de jugement aux conséquences catastrophiques pour l'avenir du
royaume de Numidie et son roi.
Un curieux "résistant"
De la lecture des articles de journaux ou les essais plus ou moins
historiques sur Jugurtha qui se sont multipliés ces dernières années s'est
dégagé, à défaut d'iconographie totalement absente, un profil nouveau : pour
ces auteurs modernes, Jugurtha est le héros berbère typique ; sa personne
s'identifie au mythe créé par Jean Amrouche : celui de l'éternel Jugurtha qui a
fini par oblitérer le portrait donné par Salluste et par le remplacer par celui
d'un héros qui plonge profondément ses racines dans la culture berbère mais
qui s'écarte de plus en plus de la réalité historique. Loin d'être le Résistant pur
et dur, prêt à sacrifier amis, parents et conseillers, pour obtenir l'alliance de
Bocchus ou renforcer les liens qu'il avait su assembler, dès son séjour en
Espagne, avec les membres de la noblesse sénatoriale romaine, Jugurtha ne
s'est jamais battu que pour lui-même.
2
Ces amis romains lui resteront longtemps fidèles; Salluste dénoncera
cette complaisance des membres de la noblesse sénatoriale à l'égard d'un
bâtard de la famille royale des Massyles. Il était, en effet, fils de Mastanabal et
d'une concubine et ne pouvait, selon les règles de succession numides, espérer
régner un jour sur son peuple. Il est vrai que depuis la mort de Massinissa (146av. J.-C.), le partage du pouvoir royal entre ses trois fils légitimes Gulussa,
Micipsa, et Mastanabal pouvait de nouveau intervenir à la mort de Micipsa
(118 av J.-C.), mais cette fois-ci des trois candidats légitimes, Hiempsal,
Adherbal et Gauda ce dernier fut écarté du trône sous prétexte qu'il était faible
de corps et d'esprit (ce qui ne l'empêcha guère de devenir roi de Numidie à la
chute de Jugurtha). Micipsa apporta une curieuse solution de la question : il
adopta Jugurtha qui désormais se trouvait à égalité avec Hiempsal et Adherbal.
Mais cette fois-ci la mésentente entre les princes rendait impossible le partage
du pouvoir royal; à défaut, ce fut le royaume qui fut divisé en trois parties. Des
trois princes, Jugurtha était celui qui avait le caractère le mieux trempé et
l'intelligence la plus vive ; étant l'aîné, il avait une expérience des combats,
acquise auprès des Romains lorsqu'il commandait les contingents numides lors
du long siège de Numance. Au cours de ce séjour en Espagne, Jugurtha sut
constituer un réseau d'amitié que ni le temps ni les circonstances ne réussirent
à détruire. Il acquit l'estime de Scipion Emilien qui fut longtemps son
protecteur.
Grâce à cette protection et à ses relations avec la noblesse romaine
Jugurtha crut longtemps que Rome ne réagirait pas à ses différentes
entreprises, ni même à ses crimes. C'est ainsi qu'en quelques années il élimina
ses cousins et autres Massyles qui pouvaient avoir des droits sur la couronne.
Le premier fut Hiempsal assassiné à Thirmida. Adherbal qui avait tenté de
venger son frère fut contraint de se réfugier à Cirta : il fut mis à mort après
s'être rendu. Sa mort fut accompagnée du massacre des négociants Italiens qui
avaient participé à la défense de la ville.(112 avant J.-C.). Rome, cette fois,
réagit en déclarant la guerre au roi de Numidie.
Après avoir livré au consul Calpurnius Bestia trente éléphants, des
chevaux, du bétail et du ravitaillement, Jugurtha se rendit ˆ Rome pour
défendre lui-même sa cause et faire sa soumission (111). A Rome s'était réfugié
un autre cousin de Jugurtha, Massiva, fils de Gulussa qui revendiquait auprès
du Sénat sa part du royaume numide. Jugurtha le fit abattre par un de ses
fidèles, Bomilcar (qu'il fit exécuter deux ans plus tard pour trahison).
Le Sénat expulse Jugurtha qui avait distribué son or aux principaux
membres de la classe sénatoriale. C'est à sa sortie de Rome que le Numide
apostropha la cité : « Ville à vendre et condamnée à périr si elle trouve un
acheteur ! »
3
En Afrique, la guerre débute mal pour les aristocrates, le consul
Postumius Albinus et son frère Aulus. Celui-ci se fait battre et encerclé lors de
la bataille de Suthul ; pour sauver son armée, Aulus dut accepter l'humiliant
passage sous le joug et promettre d'évacuer le royaume dans les dix jours
(hiver 110-109). Le nouveau consul Metellus commença par rétablir ladiscipline dans l'armée et entreprit des coups de main qui affaiblissent
Jugurtha. Le roi une fois de plus se dit prêt à faire sa soumission et en appelle à
la clémence du peuple romain. Le successeur de Metellus, Marius, remporta
plusieurs succès sur Jugurtha : prise de Capsa (Gafsa), opération lointaine vers
la Mulucha, réoccupation de Cirta (109-107) ; mais celui-ci remporte une
victoire diplomatique en gagnant l'alliance de Bocchus, roi des Maures. Pour le
prix de cette alliance, Jugurtha promet à Bocchus le tiers de la Numidie.
L'année 105 voit l'armée romaine remporter la plupart des combats,
tandis que Bocchus s'empare de la Numidie occidentale, l'ancienne Masaesylie.
Soucieux de gagner l'amitié du Peuple romain, il prête une oreille attentive
aux propositions de Sulla et livre Jugurtha aux romains (105)
Chronologie :
- avant 148 : naissance de Jugurtha
- 134 : Jugurtha commande les contingents numides en Espagne
- 133 : Chute de Numance
- entre 130 et 120, Jugurtha est adopté par Micipsa
- 118 : Mort de Micipsa
- 118-117 : La Numidie est partagée entre les trois héritiers de Micipsa
- 117 : Assassinat de Hiempsal à Thirmida sur ordre de Jugurtha. Ambassades
numides à Rome et partage de la Numidie entre Jugurtha et Adherbal
- 113 : Jugurtha envahit le royaume d'Adherbal et assiège Cirta
- 112 : Adherbal bien que s'étant rendu est mis à mort de même que les
Italiens de Cirta qui avaient participé à la défense de la ville. Rome décide de
combattre Jugurtha
- 111 : Début de la guerre contre Jugurtha : il fait acte de soumission et livre
30 éléphants, des chevaux et du bétail à Calpurnius Bestia et se rend à Rome
pour défendre sa cause. Il multiplie les dons et largesses auprès des magistrats
et sénateurs. Massiva, fils de Gulussa, réfugié à Rome, revendique sa part
d'héritage, Jugurtha le fait assassiner par Bomilcar. Le Sénat expulse Jugurtha
- 110 : Défaite d'Aulus à Suthul; encerclées, les cohortes romaines passent
sous le joug et sont condamnées à l'inaction.
- 109 : Campagnes de Metellus qui s'empare de Vaga ; Jugurtha offre de se
rendre et livre aux Romains tous ses éléphants. Trahison de Bomilcar et de
Nabdalsa.
- 108 : Prise de Thala par Metellus.
- 107 : Marius débarque à Utique avec des renforts importants et s'empare
de Capsa. Bocchus roi des Maures s'allie, non sans hésitations, à Jugurtha, tout
en poursuivant des négociations avec les Romains.
4
- 106 : Expédition vers l'Ouest ; prise du castellum de la Mulucha (Moulouya)- 105 : Bocchus occupe la Numidie occidentale. Marius, vainqueur dans deux
batailles reprend possession de Cirta. Bocchus livre Jugurtha à Sulla qui était
alors légat de Marius.
- 1er janvier 104 : Jugurtha et deux de ses fils figurent au triomphe de Marius.
Jeté dans le cachot du Tulliuanum, Jugurtha est étranglé sur ordre de Marius
après avoir lutté contre la faim et la soif pendant six jours.
Sources :
Les textes principaux concernant la période se trouvent chez Polybe, livre XII,
XIV, XXI, XXXVI ; Appien, 67, 68, 105, 106 ; Tite-Live, XXXI, XXXIV, XLII ;
Salluste, Bellum Jugurthinim.
Bibliographie
BERTHIER A. et CHARLIER R., Le sanctuaire punique d'El Hofra à Constantine, Paris,
AMG, 1955.
BERTHIER A., La Numidie, Rome et le Maghreb, Paris, Picard, 1981.
CAMPS G., Massinissa ou les début de l'histoire, Alger, Imprimerie officielle, 1961.
CAMPS G., « Une frontière inexpliquée : la limite de la Berbérie orientale, de la
protohistoire au moyen Age », Maghreb et Sahara, Etudes offertes à J. Despois,
Paris, 1973, p. 59-67.
CAMPS G., « Les derniers rois numides : Massinissa II et Arabion », BCTHS, 17B,
1984, p. 303-311.
CHABOT J.-B., Recueil des inscriptions libyques, Paris, Imprimerie nationale, 1940.
GSELL St., Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, t. VII.
KONTORINI V.N., « Le roi Hiempsal II de Numidie et Rhodes », L'Antiquité
classique, LXIV, 1975, p. 89-99.
MAZARD J., Corpus nummorum Numidiae, Paris, AMG, 1955.
SAUMAGNE Ch., « Les prétextes juriduqes de la IIIe Guerre punique », Revue
historique, t. 167/168, 1931, p. 225-253.
SAUMAGNE Ch., La Numidie et Rome. Massinissa et Jugurtha, Paris, PUF, 1966.
VUILLEMOT G., « Fouilles du mausolée de Beni Rhenan en oranie », CRAIBL, 1964,
p. 70-95.
[G. CAMPS]
Sur le mythe contemporain de Jugurtha, voir :
- AMROUCHE J., « L'Éternel Jugurtha : propositions sur le génie africain », L'Arche,
13, février 1946.
5

- DEJEUX J., « De l'éternel Méditerranéen à l'éternel Jugurtha. Mythes et contremythes
# Posté le mardi 15 avril 2008 16:34
Modifié le jeudi 02 juillet 2009 15:36

Massinissa

Massinissa
Le plus célèbre roi amazigh de l'Antiquité, unificateur de la Numidie
Massinissa, dont le nom était transcrit MSNSN sur les stèles libyques -à lire probablement mas n sen "leur seigneur"- était le fils du roi Gaïa.
On connaît très peu de choses de Gaïa mais on sait que sous la direction de ce souverain, le royaume massyle avait commencé à atteindre un haut degré de civilisation, mais Syphax, le roi des Massaessyles rivaux, n'avait pas cessé de le harceler, s'emparant, à chaque fois qu'il le pouvait, de ses villes et territoires. Rome soutenant Syphax, Gaïa s'était allié aux Carthaginois. Il leur fournit, en échange de leur protection, des troupes que le jeune Massinissa commanda en
Espagne, à partir de 212 ou 211 avant J.C. jusqu'à l'automne 206, avec de fréquent: voyages en Afrique. La guerre ne tarda pas à tourner en faveur des Romains. Les Carthaginois, battus à Ilipa, perdirent leurs possessions en Méditerranée. Le général Scipion qui commandait l'armée romaine en Espagne, songeait à porter la guerre en Afrique, mais il voulait, auparavant s'assurer le soutien des royaumes numides. Il avait déjà gagné l'amitié de Massinissa, avec lequel il avait passé accord secret, puis il se rendit en Afrique pour tenter de convaincre Syphax de joindre à l'alliance. Mais le roi massaessyle, ayant eu vent de l'accord avec Massinissa, s'était déjà rapproché de Carthage.

Gaïa mourut cette année là et la royauté passa, la règle de succession des royaumes amazighs, au mâle le plus âgé de la famille, son frère Oezalcès. Celui-ci ne tarda pas à mourir à son tour. Un de ses fils, Capusa, lui succéda un homme sans envergure qui vit aussitôt se dresser contre lui un certain Mazetul qui devait appartenir à une à une branche rivale de la famille. Capusa fut tué au cours d'un combat mais Il ne prit pas le titre de roi. Il le conféra au frère de Capusa, Lacumazes, qui était un enfant. Or le trône devait revenir cette fois-ci à Massinissa, devenu l'aîné des enfants de la famille. Le jeune homme, se sentant lésé, quitta l'Espagne, avec une troupe de cavaliers, décié à faire valoir ses droits.

Lucamazès appela Syphax à son secours. Le puissant roi massaessyle chassa Massinissa mais, en retour, il annexa le royaume massyle.

Massinissa, réfugié dans les montagnes, avec une poignée de fidèles, connut une vie de proscrit. Il ne continua pas moins à harceler ses ennemis et les hommes de Syphax ne réussirent pas à venir à bout de lui.

Son heure arriva quand Scipion, décidé à en finir, avec Carthage, débarqua en Afrique. Le rusé Romain essaya une nouvelle foi, d'attirer Syphax jetant de nouveau l'alliance proposée, il se tourna de nouveau vers Massinissa, Les premiers combats tournèrent en faveur des deux alliés Ces derniers, encouragés par leurs succès, s'attaquèrent à Uttique, place forte carthaginoise, mais l'intervention de Syphax, les obligea à se retirer. ils prirent leurs quartiers d'hiver et Scipion, en cachette de Massinissa, entra de nouveau en contact avec Syphax. Faute de le détacher des Carthaginois, il lui demanda de proposer une solution pour mettre fin au conflit entre Rome et Carthage. Syphax proposa que les Carthaginois évacuent l'Italie, où ils sont en campagne, en échange les Romains quitteraient l'Afrique. Si le général Asdrubal, qui commandait les Carthaginois accepta l'offre, Scipion, qui voulait en fait la reddition pure et simple de la Cité punique, la rejeta.



Massinissa et Scipion reprirent leurs attaques, obligeant cette fois-ci les troupes puniques à se replier sur Carthage. Syphax, lui, ne voulant pas perdre plus d'hommes, se retira dans son royaume.
Les Carthaginois, comprenant que les Romains ne leur laisseraient pas de répit, décidèrent, après avoir adopté une attitude défensive, de passer à l'offensive. Ils levèrent une forte armée qui, rejointe par Syphax, donna l'assaut. Ce fut la bataille des Grandes Plaines (avril 203 avant J.C) qui s'acheva par la victoire des forces coalisées de Massinissa et de Scipion.
Il y eut un répit au cours duquel chaque camp reconstitua ses troupes, puis la guerre reprit. Un combat s'engagea entre Massinissa et Syphax, et ce dernier, entouré par de nombreux soldats, était sur le point de l'emporter, quand l'armée romaine intervint. Jeté à terre, Syphax fut arrêté. On l'enchaîna et on le conduisit sous les murs de Cirta qui, voyant son roi en piteux état, décida de se rendre. Massinissa, après plusieurs années d'errance, put ainsi reprendre le royaume de ses pères.
Carthage, vaincue, fut obligée de signer une paix qui la priva d'une grande partie de ses territoires et de sa flotte. Le retour de Hannibal, qui avait mis fin à la campagne d'Italie, souleva les espoirs de la Cité.Un incident rompit bientôt la paix et la guerre reprit.

Hannibal s'allia à Vermina, le fils et successeur de Syphax et, ensemble, ils envahirent le royaume des Massyles. Massinissa et Scipion les rejoignirent à Zama (soit l'actuelle Souk Ahras, en Algérie, soit Jama, en Tunisie) et une grande bataille s'engagea (202 avant J.C). Le choc fut rude et il y eut des pertes des deux côtés, puis la bataille tourna à l'avantage de Massinissa et de Scipion. L'historien latin Tite-Live fait un récit très imagé de cette bataille :
"Un combat singulier s'engage entre Massinissa et Hannibal. Hannibal pare un javelot avec son bouclier et abat le cheval de son adversaire. Massinissa se relève et, à pied, s'élance vers Hannibal, à travers une grêle de traits, qu'il reçoit sur son bouclier en peau d'éléphant. Il arrache un des javelots et vise Hannibal qu'il manque encore. Pendant qu'il en arrache un autre, il est blessé au bras et se retire un peu à l'écart... Sa blessure bandée, il revient dans la mêlée, sur un autre cheval. La lutte reprend avec un nouvel acharnement, car les soldats sont excités par la présence de leurs chefs. Hannibal voit ses soldats fléchir peu à peu, certains s'éloignent du champ de bataille pour panser leurs blessures, d'autres se retirent définitivement. Il se porte partout, encourage ses hommes, abat par-ci, par-là ses adversaires, mais ses efforts demeurent vains. Désespéré, il ne pense qu'à sauver les restes de son armée. Il s'élance en avant, entouré de quelques cavaliers, se fraie, chemin et quitte le camp de bataille. Massinissa qui l'aperçoit se lance avec son groupe derrière lui. Il le presse, malgré la douleur que lui cause sa blessure, car il brûle de le ramener prisonnier. Hannibal s'échappe à la faveur de la nuit dont les ténèbres commencent à couvrir la nature."
Carthage fut de nouveau contrainte à négocier. Mais le précédent traité fut révisé et la cité punique dut restituer à Massinissa tous les territoires qui avaient été arrachés à ses ancêtres. Hannibal se révolta et essaya de s'opposer au traité mais menacé d'être livré aux Romains, s'enfuit en Syrie où il se suicida en 143 avant J.C.

Après la bataille de Zama, Massinissa vécut encore de nombreuses années. Il garda sa vie durant l'amitié de Rome mais il ne fut pas son vassal et, contre ses appétits impérialistes, déclara, dans une formule célèbre, que l'Afrique appartenait aux Africains. Il récupéra non seulement les territoires que lui accordait le traité passé avec Carthage mais aussi de nombreuses villes régions sous l'autorité des Carthaginois ou Vermina, le fils de Syphax. De 174 à 172, il occupa soixante dix villes et forts !

L'oeuvre sociale et politique de Massinissa fut aussi grande que son oeuvre militaire. Il sédentarisa les amazighs, il les unifia, il édifia un Etat Numide puissant et le dota d'inscriptions, inspirées de celles de Rome et de Carthage. Il fit une monnaie nationale, entretint une régulière et une flotte qu'il mit parfois au de ses alliés romains.



Massinissa qui était un rude guerrier, encouragera la littérature et les arts, envoya ses enfants étudier en Grèce et reçut à sa cour de nombreux écrivains et artistes étrangers. C'était un homme courageux, qui garda jusqu'à un âge avancé, une grande vigeur. Il pouvait rester une journée entière à cheval et, comme le dernier de ses soldats, supporter toutes les privations. Il avait quatre vingt huit ans quand il commanda une bataille contre les Carthaginois. Le lendemain, Scipion Emilien le trouva debout, devant sa tente, mangeant un morceau de galette, qui formait son repas.
Mais il savait aussi se comporter en souverain raffiné, portant de riches vêtements et une couronne sur la tête, donnant, dans son palais de Cirta, des banquets où les tables étaient chargées de vaisselle d'or et d'argent et où se produisaient les musiciens venus de Grèce.

Massinissa avait combattu les Carthaginois mais il ne dédaigna guère la civilisation carthaginoise, dont il sut tirer avantage. La langue punique fut sage courant dans sa capitale où on parlait également, en plus du amazigh, les langues grecque et latine.


Il eut plusieurs épouses et un nombre considérable dont quarante trois mâles. La plupart disparurent avant lui mais il en resta, à sa mort, une dizaine. Il aimait les enfants et il gardait autour de lui ses petits-enfants. Un marchand grec, étant venu acheter des singes en Numidie, pour distraire les riches, il dit "Les femmes de votre pays, ne vous donnent-elles pas des enfants ?"

Massinissa fut célèbre dans tous les pays de la Méditerranée et l'île de Delos, en Grèce, lui éleva trois statues. Vers la fin de sa vie, il voulut s'emparer de Carthage pour en faire sa capitale. Les Romains qui redoutaient qu'il n'acquière une puissance encore plus grande que celle des Carthaginois et qu'il ne se retourne contre eux, s'opposèrent à ce projet. Caton, attirant l'attention sur le danger que représentait Massinissa, lança sa célèbre formule: "Il faut détruire Carthage! "
Ce fut de nouveau la guerre en Afrique et, après d'âpres combats, Carthage fut livrée aux flammes, puis au pillage. Les survivants furent réduits en esclavage et la ville fut entièrement rasée (149 avant J.C). Massinissa, mort quelques temps plus tôt, n'avait pas assisté à la chute de la ville convoitée. Ses sujets, qui l'aimaient, lui dressèrent un mausolée, non loin de Cirta, sa capitale, et un temple à Thougga, l'actuelle Dougga, en Tunisie.






# Posté le samedi 19 avril 2008 11:35
Modifié le samedi 20 juin 2009 07:25

Tombeau de Massinissa

Tombeau de Massinissa
Tombeau de Massinissa à El-Khroub (dit : Soumâa El-Khroub) près de Constantine
# Posté le samedi 19 avril 2008 12:11
Modifié le dimanche 31 mai 2009 16:21